Peter O'Toole dans Lawrence d'Arabie de David Lean (1962).
5 mars 2016

Le chemin de croix de Lawrence d’Arabie

par Jérémy Zucchi

Lawrence d’Arabie (David Lean, 1962) est un film initiatique dans lequel un jeune idéaliste tente de donner corps à son idéal, conquérir Damas pour créer une nation arabe, pour finalement se retrouver face aux pires aspects de sa personnalité ― … Lire la Suite

Peter O'Toole dans Lawrence d'Arabie de David Lean (1962).

Peter O’Toole dans Lawrence d’Arabie de David Lean (1962).

Un « gros livre d’images » ?

En racontant le combat de Thomas Edward Lawrence aux côtés des Bédouins en Arabie contre l’armée Ottomane (entre octobre 1916 et octobre 1918), d’après son autobiographie Les Sept Piliers de la Sagesse (1922), le film Lawrence d’Arabie (David Lean, 1962) a laissé dans la mémoire de ses spectateurs un florilège d’images magnifiques portées par la musique de Maurice Jarre. Celles-ci ne doivent pas éclipser la dimension critique de l’œuvre et l’ambiguïté du portrait de T.E. Lawrence, cet homme rêvé ou se rêvant lui-même en figure christique, unissant tout ce qu’il y a d’opposé en lui-même, comme le feront plus tard les personnages des films de Martin Scorsese (qui contribua à la restauration). Lawrence d’Arabie ne se réduit pas ainsi à un film d’aventure, contrairement à ce qu’écrivirent certains critiques lors de sa sortie en 1963 en France, tel Pierre Marcabu : « C’est un gros livre d’images, un peu trop épais, mais que l’on feuillette sans déplaisir. Cela va faire une carrière glorieuse. Somme toute, justifiée, dès l’instant que l’on se contente des conventions édifiantes de l’héroïsme rassurant. Toute la question est de savoir si l’héroïsme est rassurant ? » (Pierre Marcabu, Arts, 20 mars 1963. Cité par Christophe Leclerc in Lawrence d’Arabie, Écrire l’Histoire au cinéma, Paris, L’Harmattan, 2001, p. 127.)

Le critique n’a vu dans ce film qu’un « gros livre d’images », c’est-à-dire un ensemble de tableaux grandioses, terme souvent utilisé pour qualifier les films de David Lean tels que Le Pont de la rivière Kwaï (1957) ou La Fille de Ryan (1970). Le critique a néanmoins mis à jour le cœur de l’œuvre de David Lean par cette phrase : « Toute la question est de savoir si l’héroïsme est rassurant ». Il s’agit là en effet de la problématique du film, qui ne cesse de questionner l’image héroïque et mythique de T.E. Lawrence (incarné par Peter O’Toole)