Néo se prend pour Superman dans Matrix Reloaded (Andy et Lana Wachowski, 2003)

Schizophrénie de la trilogie Matrix

Répondre aux attentes des clients des blockbusters tout en insufflant une réflexion critique sur le cinéma hollywoodien lui-même, c’est le difficile équilibre du contrebandier, selon l’expression de Martin Scorsese. Les « contrebandiers » sont les réalisateurs qui introduisent au cœur d’une production … Lire la Suite

Image du film Avatar de James Cameron (2009).

Avatar, l’éveil par la technologie

Lorsque Avatar est sorti tout tonitruant sur les écrans en 2009, les spectateurs s’attendaient à un film de science-fiction pur et dur, à l’image des précédentes réalisations de James Cameron : Terminator (1984), Aliens (1986), Abyss (1989) et Terminator 2, Le Jugement … Lire la Suite

Batman (Christian Bale) et le Joker (Heath Ledger) dans The Dark Knight

Batman (Christian Bale) et le Joker (Heath Ledger) dans The Dark Knight (Christopher Nolan, 2008).

Un blockbuster peut-il être une œuvre d’auteur?

Les blockbusters sont, depuis Les Dents de la mer (Steven Spielberg, 1975), des films à gros budget censés pouvoir faire exploser le box-office dans un délai très court, comme une bombe qui fait exploser tout un pâté de maison, ou une pièce de théâtre dont le succès est tel qu’il condamne les théâtres alentours à la disparition (pour reprendre les deux origines du mot blockbuster). Pourtant, ces films calibrés pour réussir financièrement, étroitement contrôlés par les studios, se crashent aussi au box-office et échappent parfois à la logique à court terme qui les a fait naître pour devenir des récits qui s’impriment durablement dans l’imagination, telle la saga Star Wars (créée par George Lucas en 1977) qui constitue une proposition de nouveau mythe. Tel était aussi l’ambition d’Avatar  (James Cameron, 2009).

Les blockbusters ont malheureusement trop souvent pour responsables, au mieux des artisans habiles mais anonymes (tel Richard Donner en son temps), au pire des tâcherons employés pour dire « Yes » aux executives (Roland Emmerich, Michael Bay), mais ils ont parfois des auteurs à leur tête (James Cameron, Steven Spielberg, Peter Jackson, Ridley Scott pour ne citer qu’eux). Ces auteurs doivent jouer avec les attentes des spectateurs tout en imposant leur vision singulière d’artiste, auprès du public tout comme des studios. D’où des films aux tendances contradictoires, telle la schizophrénique trilogie Matrix (Lana et Andy Wachowski, 1999-2003).

Nouveaux auteurs, nouvelles esthétiques

Cette dernière décennie, deux auteurs ont contribué à faire du blockbuster hollywoodien la surface de projection en Imax des interrogations du public : Christopher Nolan et Alfonso Cuarón. Le premier a fait gicler sur l’écran les peurs et les fantasmes sécuritaires de l’Amérique post-11 septembre avec The Dark Knight (2008), l’anachronique chevalier noir Batman devenant son mal nécessaire. Dans Inception (2010), Christopher Nolan réactualise les boucles impossibles du dessinateur M.C. Escher, imaginant des rêves au sein d’un rêve éveillé qui n’est autre que le film lui-même. Alfonso Cuarón a quant à lui repoussé les limites technologiques afin de proposer une expérience viscérale avec Gravity (2013), qui use du goût des films d’action pour la survie afin d’interroger la présence de l’homme dans l’espace.

Les moyens technologiques dont disposent les réalisateurs de blockbusters influent sur les choix esthétiques qui sont opérés et conduisent, avec ou sans prise de conscience de leurs implications, à une remise en cause de l’image cinématographique pensée comme fixation d’une action réelle.